Sahara: trois voix sur quinze, le vrai poids du camp d’Alger à l’ONU

Le siège de l'ONU à New York.

Le siège de l'ONU à New York.

Après avoir bloqué le texte américain par son veto, la Russie a soumis au vote son propre projet de résolution sur le Sahara. Il n’a recueilli que trois voix: la sienne, celle de la Chine et celle de la Somalie. Onze membres du Conseil se sont abstenus, les États-Unis ont voté contre. Le soutien diplomatique dont se prévaut Alger se mesure désormais en chiffres.

Le 30/10/2026 à 20h53

La séance du vendredi 30 octobre restera comme une leçon d’arithmétique. Premier vote: le projet américain, qui faisait de l’autonomie sous souveraineté marocaine la seule base de négociation, obtient onze voix pour, une contre et trois abstentions. Il tombe sous le veto russe. Second vote: le contre-projet de Moscou, qui prolongeait la MINURSO d’un an sans rien changer à son nom ni à ses missions, n’obtient que trois voix pour, onze abstentions et une voix contre, celle des États-Unis. Il lui en manquait six pour atteindre le seuil de neuf voix exigé pour toute adoption. Le vote américain n’a même pas été nécessaire pour l’écarter.

Le détail des votes est plus cruel encore pour Alger. Le Royaume-Uni et la France, membres permanents, se sont abstenus. Les non-permanents, Bahreïn, la Colombie, le Danemark, la Grèce, la Lettonie, le Libéria, le Panama, le Pakistan et la République démocratique du Congo, se sont abstenus eux aussi. Aucun pays d’Amérique latine, aucun pays européen, aucun pays arabe n’a voté pour le texte russe. Sur les trois pays africains membres du Conseil, deux, le Libéria et la RDC, ont refusé de le soutenir. Même le Pakistan, qui s’était abstenu avec Moscou sur le texte américain, n’a pas suivi la Russie sur le sien.

Restent donc trois voix. Celle de la Russie, auteur du texte. Celle de la Chine, qui s’est abstenue sur le projet américain plutôt que de le bloquer, et dont le soutien au texte russe ne lui coûtait rien puisqu’il était voué à l’échec. Et celle de la Somalie. C’est tout ce que la diplomatie algérienne, avec ses tournées à Moscou, ses communiqués et ses appels à la «légalité internationale», a pu mobiliser au Conseil de sécurité.

Il faut mesurer le chemin parcouru. Il y a deux ans encore, l’Algérie siégeait au Conseil et se présentait comme la voix de l’Afrique et du monde arabe. Elle n’y siège plus depuis janvier, et ses positions n’y trouvent plus de relais. Le texte qui défendait sa lecture du dossier, celle d’une mission inchangée depuis 1991, n’a pas convaincu un seul membre élu en dehors de la Somalie.

Le résultat de cette double séance est un paradoxe dont Alger porte une large part de responsabilité. En poussant Moscou à bloquer le texte américain, l’Algérie voulait sauver la MINURSO telle qu’elle l’aime, avec son «R» de référendum. À l’arrivée, aucun texte n’a été adopté et le mandat de la mission expire le 31 octobre. Le représentant de la France l’a souligné, une fin brutale du mandat serait «particulièrement préoccupante». Plusieurs options restent ouvertes, dont une prolongation plus courte, de six mois par exemple. Mais pour l’heure, la mission que l’Algérie prétendait défendre se retrouve sans mandat.

Le Maroc, lui, n’a rien perdu. La résolution 2797 d’octobre 2025, qui consacre le plan d’autonomie comme base de règlement, reste en vigueur: le veto ne l’a pas annulée. Les pourparlers engagés à Washington et à Madrid se poursuivent. Et le Conseil de sécurité vient de montrer, par deux votes successifs, que la majorité de ses membres ne veut pas revenir en arrière.

Alger aimait dire que le monde était avec «le peuple sahraoui». Le 30 octobre, le monde a compté, et il a trouvé trois voix.

Par Mohammed Ould Boah
Le 30/10/2026 à 20h53