«Moustafa Khalil Abdi, connu sous le nom de Mazloum Abdi, est nommé conseiller auprès de la présidence de la République», dispose le décret n°164 signé par le chef de l’État. Le texte ne précise ni les attributions exactes du nouveau conseiller ni le périmètre des dossiers qui lui seront confiés.
Cette nomination donne toutefois une traduction politique immédiate à l’accord conclu entre Damas et les dirigeants kurdes. Elle permet à Ahmed al-Charaa d’afficher l’intégration d’une figure longtemps placée à la tête d’une force militaire autonome, tandis que Mazloum Abdi passe officiellement du commandement armé à une fonction au cœur du nouvel appareil d’État syrien.
De la lutte contre l’EI au palais présidentiel
Pendant des années, Mazloum Abdi a dirigé les FDS, coalition dominée par les combattants kurdes et soutenue par Washington. Formées en 2015, après la victoire des forces kurdes contre le groupe État islamique à Kobané, elles sont devenues le principal partenaire terrestre des États-Unis dans la lutte contre l’organisation jihadiste en Syrie.
À leur apogée, les FDS comptaient environ 100.000 combattants kurdes et arabes. Elles contrôlaient de vastes régions du nord et du nord-est syrien, dont plusieurs champs pétroliers, postes-frontières et infrastructures stratégiques. Elles constituaient aussi l’ossature militaire de l’administration autonome établie par les Kurdes à la faveur de la guerre civile.
Mardi, depuis le Palais du peuple à Damas, Mazloum Abdi a annoncé «la fin de la mission des Forces démocratiques syriennes» et leur dissolution comme force militaire indépendante. Il a expliqué que cette décision intervenait après l’intégration de leurs unités dans les brigades de l’armée syrienne.
Ce processus découle des arrangements conclus en janvier 2026 après de violents affrontements, puis progressivement appliqués au cours des mois suivants. Ces combats avaient permis aux forces gouvernementales de reprendre de vastes territoires, tandis que Washington, soutien historique des Kurdes, renforçait son rapprochement avec les nouvelles autorités de Damas.
Une victoire pour Damas, des garanties à éprouver
Pour Ahmed al-Charaa, la disparition des FDS comme organisation autonome représente une victoire majeure. Elle renforce son projet de réunification du territoire, de l’armée, des postes-frontières, des ressources énergétiques et des administrations sous l’autorité du pouvoir central.
Lire aussi : Syrie: le chef des puissantes forces kurdes annonce leur dissolution
Pour les Kurdes, l’accord signifie en revanche la fin de l’autonomie de fait qu’ils avaient construite dans le nord-est. Leur acceptation repose désormais sur les garanties politiques, culturelles et linguistiques promises par Damas, ainsi que sur leur présence effective au sein des institutions nationales.
L’envoyé spécial américain pour la Syrie, Tom Barrack, a qualifié l’intégration d’«absolument historique». Selon lui, l’attribution de fonctions importantes à Mazloum Abdi et à d’autres responsables kurdes témoigne du respect dû à leur leadership, aux sacrifices consentis dans la lutte contre l’EI et à leur contribution à la stabilité régionale.
Ahmed al-Charaa avait auparavant signé un décret reconnaissant les Kurdes comme une composante nationale de la Syrie et le kurde comme langue nationale. Le ministère de l’Éducation a depuis fixé les modalités de son enseignement dans les écoles publiques et privées des régions à majorité kurde, une évolution sans précédent depuis l’indépendance du pays en 1946.
Mazloum Abdi avait néanmoins prévenu, la semaine dernière, que l’achèvement de l’intégration institutionnelle ne mettait pas fin aux revendications politiques.
«Notre combat se poursuivra afin d’inscrire les droits de notre peuple dans la Constitution», avait-il déclaré.
Sa nomination ouvre donc une nouvelle phase: Damas a obtenu la dissolution de la principale force armée échappant à son contrôle, mais devra désormais démontrer que l’intégration ne se limite pas à des nominations symboliques. Pour les Kurdes, la question centrale n’est plus celle d’une armée autonome, mais celle de garanties constitutionnelles durables dans la Syrie réunifiée.




