Îles Malouines: Milei durcit les sanctions pétrolières, encouragé par les déclarations de Trump

Le président argentin Javier Milei.. Copyright 2023 The Associated Press. All rights reserved

Le président argentin Javier Milei a invoqué jeudi des «vents de changement favorables» à la revendication historique de Buenos Aires sur les îles Malouines et annoncé un durcissement des sanctions contre les entreprises participant à des projets pétroliers autour de l’archipel administré par le Royaume-Uni.

Le 04/09/2026 à 06h59

Dans une allocution télévisée, le dirigeant argentin a indiqué qu’il signerait un décret accélérant les procédures prévues par la législation nationale contre les opérateurs actifs dans les eaux disputées sans autorisation de Buenos Aires. Il transmettra également au Congrès, en urgence, un projet de loi de «défense de la souveraineté nationale» destiné à alourdir les peines.

Le futur dispositif doit viser les sociétés exploitantes, mais aussi leurs actionnaires, leurs dirigeants, leurs fournisseurs et les entreprises qui collaborent indirectement avec elles. Les contrevenants pourraient être empêchés d’exercer ou de conclure des contrats en Argentine, aussi bien avec le secteur public qu’avec le privé.

Javier Milei a également annoncé des moyens supplémentaires pour la construction d’une base navale intégrée en Terre de Feu, le renforcement des télécommunications et la création d’un Conseil de sécurité nationale réunissant notamment les secteurs de la diplomatie, de la défense, du renseignement et de l’économie. Il a présenté la riposte argentine comme diplomatique, économique et judiciaire, sans annoncer d’action militaire.

Une petite phrase de Trump, pas un changement de doctrine

Cette offensive intervient quatre jours après une déclaration de Donald Trump. Interrogé lundi sur une éventuelle révision de la position américaine concernant les Malouines, le président des États-Unis avait répondu: «Je passe toujours toutes les positions en revue. C’en est une parmi d’autres.»

Ces propos ne constituent pas un changement officiel de politique. Washington reconnaît que le Royaume-Uni administre de fait les îles, mais ne prend pas position sur la souveraineté finale. Jeudi encore, interrogé sur l’attitude qu’adopteraient les États-Unis en cas de confrontation, Donald Trump a évité de garantir un soutien à Londres. Il a parallèlement reproché au Royaume-Uni de ne pas avoir suffisamment appuyé Washington dans la guerre contre l’Iran.

Javier Milei s’est néanmoins empressé de présenter cette prudence américaine comme «quelque chose de très fort concernant la cause la plus importante et la plus sacrée pour nous, les Argentins». Proche idéologiquement de Donald Trump, il veut y voir le signe d’une évolution du rapport de force diplomatique.

«Les Malouines sont argentines par l’histoire et par le droit. Il n’y a aucune discussion à ce sujet», a-t-il affirmé jeudi. Il a également estimé que la proximité actuelle entre Buenos Aires et Washington expliquait le réexamen évoqué par Donald Trump.

La résolution 2065, adoptée en 1965 par l’Assemblée générale des Nations unies, reconnaît l’existence d’un différend de souveraineté entre l’Argentine et le Royaume-Uni et invite les deux parties à rechercher une solution pacifique. Elle ne tranche toutefois pas la souveraineté en faveur de l’une d’elles. La résolution 31/49 appelle par ailleurs les parties à ne pas modifier unilatéralement la situation tant que le différend n’est pas réglé.

Le projet Sea Lion dans le viseur

L’annonce de Javier Milei suit une nouvelle protestation de la diplomatie argentine contre Sea Lion, projet pétrolier développé par la compagnie israélienne Navitas Petroleum et la société britannique Rockhopper Exploration, à environ 220 kilomètres au nord de l’archipel.

Les opérations de forage doivent commencer en 2027 et la première production est attendue en 2028. Le projet pourrait permettre l’extraction de plus de 300 millions de barils sur une trentaine d’années, selon les estimations disponibles. Buenos Aires considère ces opérations comme illégales en l’absence d’autorisation argentine et a déjà sanctionné les deux entreprises.

Mardi, une association d’anciens combattants de la guerre des Malouines et des avocats spécialisés dans la défense de l’environnement ont saisi la justice argentine pour tenter de faire suspendre le projet. Ils invoquent à la fois la revendication de souveraineté de Buenos Aires et les risques environnementaux liés à l’exploitation offshore. Un magistrat doit notamment déterminer si la justice argentine est compétente pour intervenir.

«Nous allons déployer tous les instruments de l’État, diplomatiques, économiques, judiciaires et juridiques, afin de dissuader les acteurs étatiques et non étatiques qui portent atteinte à notre souveraineté», a déclaré Javier Milei.

Son gouvernement affirme avoir déjà adressé près de 180 mises en garde à des entreprises et à plus de 29 pays associés à différents projets dans les îles. Le président argentin a averti les entreprises concernées qu’elles devraient choisir entre une activité dans les eaux contestées et l’accès au marché argentin.

Une cause qui traverse les clivages

Situées à environ 500 kilomètres à l’est de la côte patagonienne, les Malouines sont administrées par le Royaume-Uni depuis 1833, une présence qualifiée d’«occupation» par l’Argentine. Leur souveraineté a donné lieu en 1982 à une guerre de 74 jours qui a coûté la vie à 649 militaires argentins, 255 militaires britanniques et trois habitants des îles.

La revendication occupe une place centrale dans l’identité nationale argentine. Elle figure dans la Constitution, les programmes scolaires et les noms de municipalités. Le slogan «Malvinas Argentinas» est omniprésent sur les fresques murales, les autocollants, les véhicules et jusque sur la peau de nombreux Argentins.

«Il existe un très large consensus dans la population, mais aussi parmi les élites politiques, sur la légitimité de la revendication de souveraineté», estime pour l’AFP Tomás Múgica, politologue au Centre d’études internationales de l’Université catholique argentine.

«En revanche, les politiques les plus appropriées pour récupérer cette souveraineté sont sujettes à controverse», ajoute-t-il.

Les gouvernements argentins ont alterné conciliation, coopération pratique et démonstrations de fermeté, indépendamment de leur orientation idéologique. Javier Milei avait jusqu’ici cherché à préserver une relation relativement apaisée avec Londres, malgré son admiration affichée pour Margaret Thatcher, Première ministre britannique pendant la guerre de 1982. Le discours de jeudi marque donc un net durcissement.

Le Royaume-Uni oppose à la revendication argentine le droit des habitants à l’autodétermination. Lors d’un référendum organisé en 2013, seuls trois des 1.517 suffrages exprimés se sont prononcés contre le maintien du statut de territoire britannique d’outre-mer.

Buenos Aires rejette la validité de ce scrutin. Javier Milei a qualifié les quelque 3.500 insulaires de «population implantée sur un territoire usurpé» ne disposant pas, selon lui, d’un droit légitime à l’autodétermination. Londres affirme au contraire que la souveraineté britannique et le choix des habitants ne sont pas négociables.

Une opportunité politique intérieure

Le regain de fermeté survient alors que la cote de popularité de Javier Milei s’érode après plusieurs mois d’austérité budgétaire et de tensions économiques. Pour Tomás Múgica, les Malouines représentent «une opportunité de se renforcer sur le plan intérieur, à un moment de relative faiblesse».

Le soutien américain supposé doit cependant être manié avec prudence. La position officielle de Washington n’a pas changé et Londres affirme que sa souveraineté ainsi que le droit des insulaires à choisir leur avenir restent intangibles.

Selon Tomás Múgica, la question des Malouines peut surtout servir à Donald Trump de levier contre le Royaume-Uni, qu’il presse d’augmenter ses dépenses de défense et de soutenir davantage la politique américaine au Moyen-Orient.

«L’Argentine est une pièce dans un jeu d’échecs que d’autres sont en train de jouer», diagnostique de son côté le politologue Andrés Malamud.

En transformant le dossier pétrolier en enjeu de sécurité nationale, Javier Milei tente ainsi de profiter d’une fenêtre diplomatique incertaine tout en consolidant son assise politique intérieure. Les sanctions promises peuvent compliquer les activités des entreprises liées au projet Sea Lion. Elles ne modifient toutefois ni l’administration britannique de l’archipel ni la position prudente maintenue, à ce stade, par les États-Unis.

Par Le360 (avec AFP)
Le 04/09/2026 à 06h59